2.1

104 rue Piotrkowska




2.2

Podrôz




2.3

Emigranci




2.4

Le Joli Mai




2.5

Pasaz




2.6

Adoption



2.7

ZOFIA ET LUDMILA





2.8

MAIS L’ESPOIR

 

2. 
ET L’EXIL DE TOUS LES JOURS






Au milieu des années 1960, ils quittent le Maroc pour la Pologne communiste. A leur arrivée, les étudiants marocains, venus pour apprendre le cinéma, découvrent les réalités de la société polonaise. Łódź est une ville industrielle : elle peut être perçue comme grise, pauvre et froide. Heureusement les rencontres, les amitiés, et même les amours, mais surtout la découverte de la culture polonaise leur permettront de vivre une expérience “formidable” (comme le dira Mostafa Derkaoui).

Bien qu’étrangers et bénéficiant d’une bourse d’étude de la Pologne, ils vont oser dans leurs films se confronter au réel de leur pays d’accueil avec un regard critique, notamment avec l’aide de leur professeur le documentariste Kasimierz Karabasz. Ils vont filmer les marges et les minorités (Mais l’Espoir est d’une autre couleur de Abdelkader Lagtaa), les familles tziganes (Zofia et Ludmila de Hamid Bensaïd), le racisme (Adoption de Mostafa Derkaoui), mais aussi les femmes célibataires (Elzbieta K. de Karim Idriss), les ouvrier.ère.s et la misère quotidienne (Marta de Karim Idriss). Ils devaient parfois affronter les désapprobations de l'École qui ne voulait pas donner de la Pologne l’image d’un pays raciste.

Et l’exil de tous les jours est le titre du film de fin d’étude voulu par Karim Idriss (1975). Ce film tiré d’un fait divers authentique retrace la vie et le suicide d’une jeune ouvrière brisée par les lettres anonymes d’une coalition puritaine d’ouvriers. Il sera interdit.

L’école de Łódź et la Pologne ne sont donc pas uniquement ce lieu de liberté rêvé pour des jeunes souvent déjà rompus aux difficultés de la censure politique dans leurs pays. Certes ils sont libérés en Pologne à la fois de la tutelle coloniale qui perdure de la France mais aussi de l’état autoritaire marocain (les années 1960 sont très difficiles au Maroc pour les militants de l’extrême gauche sur lesquels s’abat une très rude répression) mais ils vont également devoir faire face à des difficultés d’ordre politique en Pologne, ce qui les forcera à imaginer et penser une manière de faire du cinéma qui leur sera très utile à leur retour.

En mars 1968 quand les étudiants polonais manifestent pour un “socialisme à visage humain”, le gouvernement répond par la répression (accompagnée d’une forte vague d’antisémitisme). Ces évènements marqueront le début d’une importante crise politique et économique en Pologne.

Les années 1970 se réveleront beaucoup plus dures pour les étudiants étrangers qui commencent à sentir la pression du retour voulu par la Pologne. Certains étudiants comme Karim Idriss et Abdelkader Lagtaa seront même renvoyés du pays dans des conditions très difficiles.