1.1

La Tour de Babel




1.2

Exercices




1.3

En Classe





1.4

Tournages




1.5

DIPLÔMES





1.6

Lekcja 41





1.7

Mexico-Teheran-Lódź

︎︎︎1. LA TOUR DE BABEL

1. 
Babel
À ŁÓDŹ


Photographie de Abdelkrim Derkaoui, 1965 – 1966La Tour de Babel, photographie de Abdelkrim Derkaoui, 1965 – 1966


Quelques années après l’Indépendance du Maroc, Mohamed Ben Souda, Hamid Bensaïd, Abdelkrim Derkaoui, Mostafa Derkaoui, Abdellah Drissi, Karim Idriss et Abdelkader Lagtaa choisissent la Pologne pour devenir cinéastes en allant étudier à l'École nationale supérieure de cinéma, télévision et théâtre Leon Schiller de Łódz.

À la même période, de nombreux.ses autres jeunes étrange.è.r.e.s se rendent en Pologne pour devenir journalistes, sociologues, ingénieurs, chimistes, etc. Mais avant de pouvoir commencer leurs spécialités, tou.te.s doivent pendant une année étudier la langue et la culture polonaise au sein du Studium Jezyka Polskiego de Łódź, joliment surnommé « La Tour de Babel ».

Iels viennent du Vietnam, de Mongolie, de Cuba, du Chili, d’Algérie, de Tunisie, du Cameroun. Pourquoi la Pologne ?
À l’époque, les États nouvellement indépendants cherchent à former leurs élites, notamment en Europe, et vont passer pour cela des accords de coopération. 
Le cinéma polonais et l’école de cinéma de Łódź (où enseigne le réalisateur Andrzej Wajda) sont internationalement réputés, mais c’est surtout à l’IDHEC à Paris que les étudiant.e.s marocain.e.s vont étudier le cinéma. Certain.e.s vont aussi faire d’autres choix : la Russie (Mohamed Abouelouakar), les États-Unis (Mohamed Abbazi) ou encore la Belgique (Ahmed El Maanouni).  

La Pologne communiste dans sa volonté de faire front commun « contre l’ennemi impérialiste » va encourager les étudiants des pays du « Tiers monde » à venir dans ses écoles et universités en offrant des bourses d’étude. Le contexte est donc favorable pour ces jeunes aspirants réalisateurs qui, dans l’agitation politique des années des Indépendances, font aussi dans leur choix d’aller à l’Est preuve d’un engagement politique (ils sont souvent proches des partis marxistes-léninistes) et d’une volonté de se démarquer de l’influence de la puissance coloniale sous laquelle ils ont grandi.

À l'École de cinéma de Łódz, Abdelkrim Derkaoui va étudier l’image, les autres la réalisation. Ils suivent des cours d’Histoire de l’art, de philosophie, d’analyse de films, de littérature, mais surtout découvrent le cinéma du monde entier : classiques européens, cinéma expérimental, cinema novo brésilien, cinéma-vérité québécois, cinéma militant, etc.

Pendant leurs études, ils devront réaliser quatre films, appelés « études » : deux courts, une fiction (muet) et un documentaire, puis un moyen métrage sonore et enfin un film de diplôme. Les tournages se font uniquement en pellicule 35mm. Pour valider leurs études, ils devront également rédiger un mémoire.

Depuis leur “exil” polonais, les cinéastes marocains étudiants à l’École de cinéma de Łódz bénéficient en plus d’une solide formation, d’une certaine liberté politique (loin de l’état autoritaire et répressif du règne de Hassan 2), d’un recul vis à vis de leur réalité, mais aussi d’une expérience du monde « global », et de ses agitations politiques, au cœur de l’Europe de l’Est entourés d’étudiants venus du monde entier et notamment d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine.